Maïa Dereva

Entretien avec Maïa Dereva enregistré à Lyon le 6 décembre 2017.

Maïa Dereva, contributrice aux Roumics 2017 « Vivre des communs ». Lille (France). CC BY NC SA Sylvia Fredriksson 2017.

Portrait

Stigmergie

Les communs sont avant tout un univers constructif, où l’on fait des choses ensemble.

En tout cas, c’est la manière dont je les ai pratiqués jusqu’à aujourd’hui, dans le pair à pair et la stigmergie.

La stigmergie est une forme d’auto-organisation qui permet aux personnes de laisser aller leurs élans contributifs.

Il s’agit moins de passer des heures à discuter de ce qu’il faudrait faire ou pas, de ce qui est bien ou pas.

Il s’agit de faire confiance en l’individu, en ses élans, et de les accueillir dans un cadre suffisamment souple pour que chacun s’y sente bien.

À Lille, dans le cadre des Assemblées des communs, c’est vraiment cette stigmergie qui, dans la pratique, m’a le plus plu. Bien sûr, il y a eu des aménagements. L’auto-organisation totale manque de chaleur et d’accueil. J’ai eu à cœur aussi de proposer un dispositif de rencontre du groupe, avant de lancer les ateliers. Mais c’était un ajustement. L’état d’esprit est là.

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Assemblée des communs

Une assemblée des communs est un concept proposé par Michel Bauwens, qui observe énormément la société et produit un certain nombre de théories.

Michel Bauwens a proposé de construire des assemblées dans les territoires pour répondre au besoin d’identifier les communs, de mieux les relier entre eux, de s’entraider, mais aussi pour créer des organes représentatifs du milieu des communs vis-à-vis de l’exterieur, des institutions et du marché.

Les assemblées des communs de Lille

Ça c’est la théorie. La mise en pratique est très récente.
À Lille, nous avons commencé il y a deux ans, et nous sommes, je dirais, les plus en avance sur l’expérimentation.
Cela commence un peu à émerger à Toulouse, Grenoble, Marseille. Mais c’est vraiment tout nouveau.

Forcément, entre la théorie et la pratique, il va y avoir un ajustement. Nous allons créer ensemble les assemblées, et nous allons voir ce que cela donne. Ce qui est très intéressant, c’est de voir, en allant dans les autres villes, qu’une assemblée des communs ne peut être formatée. Chacune est très liée à l’histoire du territoire et aux acteurs déjà présents depuis longtemps. Cela va se tricoter.

La forme que va prendre l’assemblée des communs dépend du contexte dans lequel elle nait.

À Lille par exemple, l’aspect représentatif des assemblées des communs, tel qu’il a été pensé par Michel Bauwens, ne s’est pas du tout développé.

C’est-à-dire pas dans un sens politisé. Les acteurs des assemblées des communs lilloises sont en lien avec l’institution, mais pas de manière formelle. C’est un lien entre des personnes qui se crée. Par exemple, nous avons reçu une personne de la Région, une personne de la Métropole, des personnes qui sont à l’Assemblée nationale. Cependant ces liens ne sont pas formels.
Nous avons choisi de ne pas utiliser le mot lobbying. Nous préférons le terme influence. Mais nous ne représentons personne, et jamais une personne de l’assemblée des communs de Lille ne dira quelque chose au nom de l’assemblée.
Cela peut se construire dans le temps, peut-être plus tard. Mais pour l’instant ce n’est pas le cas du tout.
À titre personnel, je trouve que c’est une bonne façon de procéder. Si l’on institutionnalise trop, le risque est de rentrer dans des choses plus caricaturales, formelles et compliquées. Je trouve que nous sommes beaucoup plus efficaces en restant comme cela, en étant en lien avec des personnes ici ou là, en les sensibilisant. Par exemple, à Lille, les parlementaires qui sont venus ont fait l’atelier initiation aux communs. Est-ce que cela aurait été mieux de les recevoir de manière plus formelle ? Je ne pense pas. Ils sont venus, ils ont participé à l’atelier comme n’importe qui d’autre. Cela les a enrichi. et cela enrichira les institutions par effet rebond.
On passe par la petite porte, mais je pense que c’est efficace.

Qu’est-ce qu’un atelier de sensibilisation aux communs ?

À Lille, c’est un atelier qui a été mis en place de manière très spontanée par une des personnes qui étaient présente, et qui s’appelle Christian Dupuy. C’était son élan contributif. Christian a d’abord souhaité comprendre ce qu’était les communs. Il a énormément lu. Puis il a voulu transmettre et a proposé un atelier pour les personnes qui arrivent à l’assemblée sans rien connaître à tout cela. C’est devenu une forme d’institution. C’est-à-die que, maintenant, quelqu’un qui vient à l’assemblée dispose toujours de cet atelier si il ne sait pas comment s’insérer.

À Lille, au sein des assemblées des communs, l’atelier d’initiation aux communs est une forme d’accueil.

Christian a fait des diapositives. Au fur et à mesure, le discours s’est élagué. Il avait tellement lu des auteurs comme Dardot et Laval qu’il avait une vision très macro des communs. Petit à petit, il a affiné l’atelier pour que celui-ci soit plus adapté à une personne qui arrive. Puis les personnes posent des questions. Parfois aussi, cet atelier peut s’adapter aux personnes qui y participe. Je me souviens d’une personne qui avait participé et qui venait d’une AMAP. C’était alors posé la question, durant l’atelier, de savoir si une AMAP était un commun. Ils ont travaillé pendant un petit moment pour définir ce qu’était la ressource, la gouvernance, la communauté autour, etc.
Procéder de cette façon permet de s’approprier les idées de manière plus concrète. C’est une autre manière, plus ludique, d’aborder la question des communs.

Ce que l’on comprend, c’est que derrière l’idée d’assemblée des communs, il y a des ateliers? Fonctionnez-vous comme cela ?

Oui, c’est tout à fait ça. Il est vrai que le mot stigmergie est un mot valise pour désigner l’auto-organisation. Très concrètement, lors des assemblées des communs, une fois que l’on s’est dit bonjour et que l’on a partagé les nouvelles du réseau, chacun peut lancer un atelier sur le sujet qui l’intéresse.
En général, on essaie même de les annoncer en amont pour que les gens qui viennent sachent de quoi il retourne. N’importe qui peut s’inscrire et proposer une activité. Cela peut, par exemple, consister à travailler à la cartographie des communs, ou à la création de la chambre des communs et contribuer à l’économie des communs locaux. Tous les sujets sont abordés.
Je crois qu’en deux ans, nous avons connu environ 75 thèmes différents. La variété des thèmes proposés est liée à la créativité des personnes.
Les groupes d’atelier peuvent être constitués de deux personnes, comme de dix personnes. Certains ont plus de succès que d’autres. Mais peut importe. L’important est que tout le monde travaille sur ce qui l’intéresse.

Si je résume, la manière dont les assemblées des communs se sont mises en place à Lille ou dans sa région, c’est l’idée d’avoir des temps contributifs, qui peuvent être organisés par tous, et si possible dans une continuité temporelle et avec une certaine régularité.

Oui, tout à fait. Et c’est vrai que le mot assemblée est peut-être un peu trompeur à cet égard. C’est-à-dire que nous ne sommes pas en rond à discuter politique.

À Lille, nous sommes une assemblée de personnes qui travaillons ensemble.

Chambre des communs

La Chambre des communs est une notion proposée par Michel Bauwens, en lien avec l’Assemblée des communs.
L’Assemblée des communs s’occupe de relier les communs et de les faire collaborer. La Chambre des communs s’occupe plus spécifiquement des aspects économiques et du lien avec le marché.

L’Assemblée des communs est plus en lien avec l’institution, alors que la Chambre des communs est en lien avec le marché.

Comment vivre des communs ? Comment relier des projets ensemble ? Tout reste à construire.

À Lille, la Chambre des communs est en phase d’expérimentation, et moins mature aujourd’hui que l’Assemblée des communs, même si nous avons déjà beaucoup travaillé la question. Aujourd’hui, la Chambre des communs n’existe pas en tant que telle, mais nous avons posé des jalons. Une association a été créée. Un autre, pré-existante, sert pour le moment de base pour les échanges financiers. Il y a également une coopérative d’activité et d’emploi qui fait aussi partie du dispositif.

La Chambre des communs doit permettre de donner une identité à cet ensemble de briques dédiées aux aspects économiques et aux liens entre les communs et le marché.

Communs

En introduction à la Fabrique Lyonnaise des communs

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