Virgile Deville

Entretien avec Virgile Deville enregistré à Paris le 11 juillet 2016.

Democracy Os France



Democracy OS est une plateforme Open Source de participation citoyenne née en Argentine en 2012.
En 2015, elle a connu un rayonnement international grâce à une conférence Ted de Pia Mancini qui a fait plusieurs millions de vues.
Cette expansion internationale a amené des chapitres à se créer un peu partout dans le monde. Il existe une dizaine de chapitres, dont nous faisons partie à travers Democracy OS France, créée par moi-même, Virgile Deville et une dizaine d’autres citoyens impliqués dans la démarche.

Notre action se situe dans la promotion de cette application et des pratiques de gouvernement ouvert. Nous essayons, d’une part, de créer des instances de dialogue entre les représentants et les représentés pour rapprocher les citoyens de la décision politique, et d’autre part, nous accompagnons les différentes organisations publiques, privées, associatives voire même informelles, dans l’utilisation de l’outil.

En France, nous avons d’abord commencé par organiser des débats sur des projets controversés comme la loi relative au renseignement, la réforme des collèges. Nous avons aussi organisé un débat de grande ampleur sur la simplification du texte de la COP21.
Par la suite, nous nous sommes davantage concentrés à accompagner des municipalités comme Paris ou Nanterre à la création de plateformes de concertation pour créer des campagnes ou plus largement un lien numérique entre leurs projets et l’opinion des citoyens.

Récemment, Carole Corbale a repris la présidence de l’association Democracy OS France. Carole Corbale est juriste en propriété intellectuelle au sein du Cabinet inno³, et très familière avec tous les sujets liés à l’Open Source.
Les 3 axes que l’on pense développer dans la période de son exercice sont les suivants :
– rendre plus accessible la plateforme, en créant un point central ou les gens pourront se créer leur espace et du coup, casser une barrière technique.
– continuer d’être militant dans l’utilisation de logiciels libres et Open Source, dans tout ce qui est collecte d’opinion citoyenne, et plus largement dans la civictech, en utilisant le momentum du partenariat pour un gouvernement ouvert.
– continuer d’accompagner les différents acteurs qui ont des projets intéressants en leur fournissant la meilleure plateforme possible de sorte qu’ils réalisent leurs projets.

Des manifestes

Je pense que les manifestes, et le fait que les gens ont besoin de se raccrocher à certaines choses, est quelque chose assez fondamental. Et surtout j’aime bien l’idée que l’on puisse choisir la nature d’un manifeste.
Je pense que beaucoup de gens ont vu en les rassemblement de Nuit Debout une forme de manifeste de quelque chose qui allait changer : la révolution d’un temps, un passage à un autre moment de la vie politique en France.
Et du coup, je pense que l’on a vraiment besoin, soit de ces textes, soit de ces manifestations, pour pouvoir s’ancrer sur quelque chose et peut-être démarquer une limite temporelle, un périmètre de ce qui peut situer une action, et enfin pour comprendre et qualifier les valeurs qui nous permettent de nous rassembler.
C’est quelque chose que nous faisons relativement souvent au sein de Democracy OS et Open Source Politics. Par exemple, à chaque fois que nous organisons un hackathon, il y a toujours un groupe de travail qui se réunit pour travailler sur des chartes de valeurs, sur ce que devrait être une démarche de participation citoyenne quand elle est faite par une institution, en respectant un certain nombre de règles, à la fois éthiques et techniques, sur la transparence des données, la transparence du logiciel, etc.

Manifiesto de la Red

Il y a quelques temps, je n’avais pas grand chose à voir avec la politique. Pourtant, un manifeste en particulier m’a fait m’engager autour des enjeux de renouvellement des pratiques démocratiques.

En Argentine, j’ai rencontré les gens du parti de la Red. C’est le premier mouvement politique pour lequel j’ai pensé qu’il valait la peine de s’impliquer. J’ai découvert leur manifeste, le Manifiesto de la Red, qui en une cinquantaine de tweets, établit une sorte de pensée commune, une manière de voir la société à travers internet.
Cela m’a beaucoup inspiré, pour sa forme – c’était marrant de voir un manifeste en tweets – et cela m’a donné pas mal de pistes à creuser pour le futur.
Des concepts comme la démocratie en réseau, le fait que les citoyens ne sont pas que des citoyens mais aussi des paires qui sont interconnectés à travers ce réseau,
c’est un manifeste un peu geek. Tu veux voir le fait politique. Tu forces un peu le fait politique à travers la lunette du numérique.
C’est cela qui m’a amené à me poser toutes ces questions là. Cela a eu une importance pour moi dans la manière de rentrer dans ces choses là. Je me suis même motivé à l’écrire, mais c’est marrant car c’est resté un truc assez perso.
Je l’ai traduit, passé à d’autres, mais cela est avant tout un texte qui est personnel dans mon action.

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