Samuel Goëta

Entretien avec Samuel Goëta réalisé le 10 juillet 2013 au CNAM, Paris.

Doctorant à Télécom ParisTechSamuel Goëta étudie les implications politiques des technologies numériques. Spécialisé dans les questions touchant à la production et la libération de données publiques, il est également co-fondateur d’Open Knowledge Foundation France.

Samuel Goëta. Portrait.

Je viens de la campagne, et en cela, internet a joué très tôt un rôle important dans ma vie, puisqu’il m’a permis de rester en contact avec le reste du monde. Quand je me suis retrouvé, parfois, à 20 km de la grande ville, sans voiture, sans possibilité de me déplacer, internet était un bon moyen de rester connecter, de découvrir des artistes, des idées. Forcément, j’avais une certaine appétence pour l’informatique d’abord, mais également pour la politique. Le mélange des deux a probablement fait ce que je suis maintenant.

Durant mes études, je suis parti à Sciences Po, à Aix, où j’ai mené un parcours assez classique. Alors que l’on étudiait les sciences politiques, je me suis beaucoup intéressé à toutes les questions liées à l’internet et au numérique.
J’ai fait un mémoire sur la neutralité du Net, qui consistait en une étude de discours autour de cette controverse. Il s’agissait aussi, au travers cette étude, de comprendre ce qu’était la neutralité du net, en abordant à la fois les enjeux politiques mais aussi les questions très techniques. À Science Po, le lien entre enjeux politiques liés et ces questions très techniques était un sujet peu compris et reconnu. Si la question technique était trop souvent mise de côté, j’étais pour ma part convaincu que pour étudier la neutralité du Net, il fallait vraiment étudier ce qu’est internet à la base. La compréhension de certains enjeux politiques ne peut être dissociée de la compréhension des technologies, en tant que ce qu’elles sont en terme d’infrastructure.

Cet intérêt pour la politique et les enjeux numériques s’est cristallisé quand je suis parti aux État-Unis pour un an, à l’Université du Michigan, alors que Barack Obama était en pleine campagne électorale. Je me suis penché sur la campagne numérique de Barack Obama, et plus généralement sur les questions politiques liées au numérique et à l’internet. Je voyais en 2008 émerger beaucoup de phénomènes autour de la censure, de l’espionnage, du filtrage et de la neutralité du Net. Aussi, je suis rentré en France avec l’envie confirmée de traiter les enjeux politiques du numérique. Je voulais être journaliste et étudier ce rapprochement entre acteurs, technologies, etc.

J’ai poursuivi par des études de communications au CELSA. J’ai fait un Master intitulé Médias Informatisés et Stratégies de Communication, dans lequel les questions politiques étaient restées assez importantes. Dans la continuité de ce travail sur la neutralité du Net, je me suis intéressé à un autre sujet émergent, l’open data, aux imaginaires très proches, et dont les enjeux politiques et technologiques demeurent très forts. J’ai donc mené, au CELSA, un mémoire sur l’open data, en y étudiant les discours et les enjeux.

Entre temps, je suis allé travailler dans une agence qui s’intéressait à ces questions, la Netscouade, en tant que chargé d’étude et social media manager. Par ce biais, j’ai donc continué à travailler sur ces sujets.

À cette époque, j’ai revu un de mes professeurs au CELSA et à Télécom ParisTech, avec qui nous a monté un projet de thèse. L’idée était d’étudier les coulisses de l’open data, de manière concrète. Il était question d’analyser ce que l’open data changeait au niveau des données, des acteurs et des organisations, en essayant de voir et de révéler le travail un peu invisible caché derrière. Il s’agissait aussi de travailler sur un portail sur l’open data, en tenant compte des initiatives et expériences précédentes. L’enjeu était de s’intéresser et de donner à voir l’ensemble des processus, au-delà de la simple réutilisation, et de penser toutes les médiations, toutes les interventions, qui ont fait que l’on arrive aujourd’hui à traiter des données ouvertes.

Dans le cadre ce ces réflexions, je me suis rendu à l’Open Knowledge Conference à Berlin en 2010, organisé par l’Open Knowledge Foundation. J’y ai trouvé beaucoup de choses intéressantes, et notamment l’idée de rapprocher l’open data, et cela renvoie plus globalement à la question des biens communs, avec tout le travail de l’Open Knowledge Foundation. En effet, l’objet de l’OKF est de définir ce qu’est un contenu, un savoir, un code. Il s’agit de définir ce qu’est l’ouverture, qui est un mot qui est un peu galvaudé, à tout va, qui est assez problématique mais qui est porteur aussi de plein de choses intéressantes.

En 2012, lors de l’Open Knowledge Festival à Helsinki, dédié aux savoirs libres, aux données publiques ouvertes mais aussi aux œuvres du domaine public ou sous licences Creative Commons, j’ai observé un foisonnement qui m’a beaucoup intéressé, et j’ai beaucoup apprécié le caractère très pragmatique propre l’Open Knowledge FoundationEn effet, j’étais à l’époque assez gêné par le discours ambiant sur l’Open Data et toutes ses promesses. Mon mémoire était d’ailleurs assez critique sur le sujet, et bien que je sois devenu fervent militant de l’open data, je continue toujours à être très critique. À l’époque, je trouvais les promesses complément démesurées.  Par exemple la Commission européenne disait que l’open data allait rapporter 140 milliards d’euros. Des industries à 140 milliards d’euros, il n’y en a pas beaucoup en Europe, c’était un peu délirant. Je pense qu’il n’est pas la peine de faire des promesses démesurée. On voit déjà les intérêts et les bienfaits de l’open data en tant que tels. Ils sont multiples, et sous des aspects parfois inattendus. L’open data peut être aussi ludique par exemple. Avec les données, on ne peut pas promettre des choses qui n’arriveront pas ou arriveront d’une manière différente. Et ce qui est intéressant dans l’open data, c’est aussi que certaines choses arrivent de manière complètement spontanée. Cet aspect là aussi me parait intéressant.

Open Knowledge Foundation.

L’Open Knowledge Foundation est une association créée en 2004 par Rufus Pollock et quelques autres personnes.

Rufus Pollock est un économiste, qui était doctorant à l’époque et qui travaillait sur l’impact économique des données publiques. On ne parlait alors pas trop d’open data, on parlait plutôt de PSI, c’est-à-dire des informations du secteur public. Rufus Pollock a étudié l’impact économique des informations du secteur public, et la question des redevances. Souvent, ce qu’il a démontré dans ses travaux, c’est que la vente des données, c’est-à-dire le simple fait d’aller prospecter, faire des devis, faire une offre, vendre des données publiques, rapportait presque aussi peu d’argent que si ces données étaient rendues gratuites. Et par ailleurs, a été mis en avant le vrai bénéfice de cette gratuité, qui réside notamment dans la possibilité d’améliorer les données, en encourageant et en profitant des réutilisations qui servent par la suite à l’organisation qui les libère.

On constate la création d’un cercle vertueux quand les données sont ouvertes et gratuites. 

L’idée de départ fut donc de promouvoir ce mécanisme. Mais cela n’était pas qu’une question de données. C’était aussi une question plus large, concernant directement le savoir et la connaissance.

Il s’agissait aussi de défendre l’open access pour les publications scientifiques, l’open science, c’est-à-dire la possibilité de réutiliser des données scientifiques, ou encore d’encourager les mashups, les remix d’œuvres qui sont dans le domaine public ou en creative commons.

Plus globalement, l’enjeu de Open Knowledge Foundation était d’encourager le savoir libre et sa réutilisation, et de faciliter celle-ci à différents niveaux.

La dimension juridique des travaux de l’Open Knowledge Foundation

D’une part, l’Open Knowledge Foundation encourage la réutilisation des données d’un point de vue légal. L’Open Knowledge Foundation a notamment participé à initier la définition d’une licence qui s’appelle l’Open Database License (ODbL), appliquée aux données parisiennes. Celle-ci oblige l’utilisateur, qui en fait un usage public, à republier les données qu’il a modifié et enrichie, dans une logique de pot commun. Quand on en fait une réutilisation, celle-ci peut servir à d’autres. Par ailleurs, il y a aussi cette idée que la licence est virale, c’est-à-dire qu’une réutilisation d’une réutilisation continue dans cette logique de biens communs.

D’autre part, l’Open Knowledge Foundation a travaillé sur l’Open Definition. L’idée est de définir ce qui est, ou non, un contenu ouvert, selon des critères qui sont quasiment légaux. Selon cette définition, une donnée ouverte est une donnée, une œuvre, un savoir, qui peut être réutilisée, avec les seules conditions de savoir attribuer l’auteur (à l’image des licences Creative Commons avec le CC by) et de redistribuer à l’identique avec la même licence (c’est ce dont je parlais à propos de l’ODbL) en Creative Commons avec le Share Alike. Ce sont deux contraintes différentes, qui répondent à la fois à des questions juridiques et techniques, et qui permettent la réutilisation.

Un aspect important, dans cette notion de savoir libre, c’est que l’on ne doit pas distinguer des types de réutilisations qui seraient autorisées ou pas. Par exemple, distinguer un usage commercial d’un usage non commercial est très difficile. Par exemple, une association peut avoir un usage commercial, c’est-à-dire qu’elle va générer des revenus, pourtant, cet usage ne sera pas traditionnel et commercial au sens capitalistique. C’est pourquoi l’introduction de la dimension commerciale est une question complexe. Celle-ci peut exclure la possibilité d’avoir des travaux dérivatifs, parce que dans le cas de son utilisation, on casse cette idée que la donnée est réutilisable par tout le monde.

C’est pour cela qu’avec l’open Definition, il y a cette volonté de mettre une barrière entre ce qui est véritablement ouvert et ce qui ne l’est pas, et d’éviter que le terme soit galvaudé.

Si l’on arrive vraiment à circonscrire ce qu’est le savoir libre, on arrivera à en montrer tous les potentiels.

La dimension technique des travaux de l’Open Knowledge Foundation

Par ailleurs, l’association conduit un travail d’ordre technique pour faciliter la réutilisation du savoir libre, avec par exemple la création d’une plateforme open data. À l’heure actuelle, la plateforme la plus réutilisée s’appelle CKAN. Celle-ci est open source et facilite véritablement le travail des producteurs de données, en leur permettant de libérer leurs données plus facilement, de faire un workflow des organisations et des métadonnées qui sont respectées et interopérables entre les portails. C’est un système très avancé techniquement pour les producteurs mais aussi pour les réutilisateurs, comportant une interface de programmation et un ensemble de services. Le gouvernement américain l’utilise, le gouvernement anglais, qui l’utilise également, republie tous les modules, et la France est également en train de passer à CKAN.
Pour conclure, l’idée d’une fondation, qui promeut la réutilisation des données et qui propose un outil utilisé notamment par les gouvernements, me parait une logique tout à fait intéressante.

L’Open Knowledge Foundation produit plusieurs outils, à l’image de ce dernier, comme par exemple Annotator, une plateforme de travail collaboratif sur des œuvres scientifiques, qui permet à chacun et très facilement de faire de l’annotation à l’intérieur d’un document, sur une page web.

Il existe aussi des outils pour les communautés scientifiques. Un outil qui permet le crowdsourcing. Celui-ci permet par exemple de transformer un document statique en une base de données par le travail de milliers de personnes. Ce fonctionnement permet d’aller plus loin.

La dimension sociale des travaux de l’Open Knowledge Foundation

Enfin, l’Open Knowledge Foundation a une vocation sociale qui consiste à créer des communautés. Il existe énormément de groupes de travail à l’Open Knowledge Foundation, sur à peu près tous les sujets concernés, les données ouvertes, le développement durable, sur l’environnement, sur le domaine public, sur la science, etc. Une trentaine de groupes travaillent sur des projets de promotion des savoirs libres et de leur réutilisation.

Public Domain Review

Public Domain Review est un des projets majeurs de l’Open Knowledge Foundation. Un important travail de curation est mené par une équipe rémunérée en ce qui concerne toutes les œuvres du domaine public,. L’enjeu est de valoriser et remettre dans leur contexte des œuvres anciennes et de faciliter leur réutilisation.

Pour ma part, au sein de mes présentations, il m’arrive souvent d’intégrer des œuvres du domaine public. On peut trouver par Public Domain Review des documents de grande valeur, des cartes très anciennes.
Lorsque l’on consulte des portails comme Europeana, bibliothèque numérique lancée en novembre 2008 par la Commission européenne, il est souvent très complexe de retrouver les œuvres du domaine public. Public Domain Review apporte ce travail de curation et permet de mieux appréhender de tels portails.

Au regard de cette initiative, j’aurais l’idée de faire de même pour les données publiques.  S’il manque encore, à l’heure d’aujourd’hui, un grand nombre de données sur les portails open data, on constate également que beaucoup de ressources déjà présentes restent sous utilisées. Il s’agirait donc de mettre en lumière ces ressources pour en révéler les potentiels.

Génèse de l’Open Knowledge Foundation France

En France, il existait déjà de nombreuses initiatives œuvrant pour la réutilisation des données publiques, du savoir libre et des communs informationnels, avec des structures comme Wikimedia, l’association Démocratie Ouverte traitant de la question de la gouvernance ouverte, ou encore Regards Citoyens et LiberTIC, acteurs de référence sur les questions de données publiques ouvertes. On ne pouvait pas dire que la France était en retard, et il y avait pas vraiment besoin de créer une nouvelle antenne de l’Open Knowledge Foundation pour combler un vide.
En revanche, la création d’une antenne française pouvait être intéressante pour trois raisons, qui ont justifiées la création l’association :

La première idée était de faire remonter le bouillonnement existant en France, mais qui parfois n’était pas traduit, à une échelle internationale.
Un exemple éloquent est le schéma du gouvernement ouvert, réalisé par l’association Démocratie ouverte, et qui explique très simplement ce qu’est l’open gouvernment.
L’Open Knowledge Foundation France a proposé la traduction de ce schéma en anglais, et l’a envoyé au groupe de travail open gouvernement. Par la suite, le schéma a été traduit en dix ou vingt langues. Celui-ci figure maintenant sur l’article wikipédia anglais concernant l’open gouvernment,  et fait figure une référence.

L’enjeu pour l’Open Knowledge Foundation France est donc de promouvoir les travaux les plus emblématiques réalisés en France, comme Open Food Facts sur la question alimentaire, en essayant de leur donner une visibilité internationale via le réseau de l’Open Knowledge Foundation.

L’objet était aussi de ramener en France des projets de l’Open Knowledge Foundation. Par exemple, le projet Open Data Census, qui consiste à identifier les données publiques qualifiées d’essentielles, c’est-à-dire les données publiques les plus utiles et les plus demandées. Ce projet a été déployé à l’occasion du G8. Un communiqué de presse a été envoyé pour transmettre un état des lieux sur l’ouverture des données en France. Ce travail a été mené pour dix données publiques essentielles, et précisait quels types de données étaient en open data et facilement réutilisables, et quelles étaient nos capacités à les identifier.

À l’image de Open Data Census, plusieurs projets de l’Open Knowledge Foundation sont appliqués à la France. C’est également le cas du projet OpenSpending, outil permettant de mieux comprendre les budgets par des visualisations très simples. 

Et enfin, il s’agissait d’associer tous les acteurs de l’ouverture, et de fédérer une communauté de l’Open en France, avec des gens impliqués ou non dans d’autres associations, pour travailler sur des projets communs.

Open Knowledge Foundation France.

Constitution de l’ Open Knowledge Foundation France

Les membres fondateurs de l’antenne française de l’Open Knowledge Foundation France se sont rencontré à Helsinki à l’occasion de l’Open Knowlege Festival en 2012. Nous nous interrogions sur l’absence de présence officielle de l’association en France, même si l’association Regards Citoyens remplissait ce rôle en partie. Avec l’idée de développer de nouveaux projets et de faire connaître l’Open Knowledge Foundation en France, nous nous sommes retrouvés en septembre 2012. Peu de temps après, nous avons organisé en décembre notre premier meet up, où environ 80 personnes sont venues à La Cantine. Nous avons d’abord mis en place une série de conférences, puis 4 tables rondes, au cours desquelles un certain nombre de projets ont émergé, issus de besoin qui viendraient en France. Ces tables rondes organisées à La Cantine portaient sur quatre axes : les données de transport, la science ouverte, les données scientifiques, les publications et le sujet de l’Open Access, la culture, le domaine public, l’open data.
Nous nous sommes structurés en association à l’occasion d’une Assemblée général en avril dernier. Le groupe est en train de se construire. Nous sommes 7 administrateurs et pas mal de gens s’investissent ponctuellement. Nous réfléchissons aux manières d’ouvrir le fonctionnement de l’association.

Public Domain Remix

L’un des projets concerne toutes les œuvres du domaine public et le lancement d’un concours nommé Public Domain Remix. Nous sommes les premiers à le faire dans le Monde. Nous avons déjà reçu pas mal de contributions, qui devraient aboutir à la fin de l’année. Nous réfléchissons à la création de calculateurs automatiques pour déterminer si une œuvre est dans le domaine public ou non. Il s’agirait d’utiliser les méta-données des œuvres, c’est-à-dire le nom de l’auteur par exemple.

Des schémas et des organigrammes expliquent comment l’œuvre peut rentrer dans le domaine public. À l’heure actuelle, il est très compliqué de déterminer si une œuvre est dans le domaine public ou non. L’enjeu est donc, pour l’Open Knowledge Foundationde simplifier l’identification d’œuvre dans le domaine public, et en ce sens et d’encourager à la réutilisation en réaffirmant l’autorisation de cette démarche d’un point de vue juridique.

Plateforme Open Data

Un autre projet concerne le champ de l’Open Data, et répond plus précisément à un besoin d’informations publiques. La Commission d’accès aux documents administratifs (CADA) permet à chaque citoyen de demander des informations publiques selon un mécanisme juridique défini. Cette commission est en charge d’arbitrer dans les cas où une administration refuse de donner une information publique. À l’heure actuelle, ces processus se déroulent de manière un peu secrète. La démarche consiste à envoyer une lettre à un producteur de données identifié, en lui demandant telle donnée. Ce producteur peut accepter ou refuser, et cette réponse n’est pas publique.

L’Open Knowledge Foundation France souhaite donc créer un outil, à la manière de What do they know ? en Angleterre. C’est une plateforme en open source permettant de faire des requêtes directement au producteur de données, via une interface en ligne. Toutes ces requêtes sont visibles pour le public.

Pour les demandeurs de données, le processus est donc facilité, clair et organisé. Les citoyens peuvent s’agréger à ces demandes pour leur donner plus de poid. La plateforme donne donc au citoyen la possibilité de créer une communauté autour du besoin d’une donnée et d’agir collectivement en vue de l’ouverture de celle-ci.
Par ailleurs, pour les producteurs de données dont les réponses sont rendues publiques, la plateforme permet d’éviter de multiplier les échanges et le travail est donc simplifié. En cas de conflit, l’arbitrage sera géré auprès de la CADA.

Dans ce cas précis, la complexité de la mise en œuvre de cet outil n’est pas tant technique qu’elle n’est administrative. En effet, il faut aller chercher dans les documents administratifs de l’État pour trouver qui sont les correspondants de la CADA. Puis il s’agit de créer un système qui permet de faire en sorte que chaque requête aboutisse bien dans leur boîte mail et puisse être prise en compte, sans être spamé à tout va.
Pourtant, cet outil ferait beaucoup avancer les démarches en France, qui permettrait une plus large réutilisation de l’information publique, au bénéfice de tous, y compris des autorités.

NosDonnées.fr

Nous travaillons également, avec Regards Citoyens, sur l’open data à un projet qui s’appelle NosDonnées.fr.

Ce projet permet à chaque citoyen de bénéficier de toutes les fonctionnalités d’un portail Open Data (à l’image de CKAN à l’Open Knowledge Foundation). Les données des associations peuvent être déposées sur une plateforme qui facilite leur réutilisation. Ce portail permet aussi de disposer d’un espace de stockage, de versionning, avec un système de métadonnées.

Cette plateforme nous permet, lorsque l’on organise un événement, de republier des données. C’est ce que l’on a fait à Brocas, en Aquitaine, lors de l’Opération Libre, organisée par LiberTIC, ou encore à l’occasion du Tandem Dakar-Paris, organisé par l’Institut français.

Open PostCard

Open PostCard est un outil en ligne qui facilite la réutilisation des cartes postales dans le domaine public. Nous sommes partis du constat que pour chaque commune existent des cartes postales du début du 20ème siècle qui parlent à tout le monde, permettent d’expliquer l’histoire et qui constitue un patrimoine incroyable. Par ailleurs, ces images relèvent souvent du domaine public, contexte qui facilite leur réutilisation.

Ces savoirs sont souvent enfermés dans des cartons ou dans des dossiers d’archives. L’idée proposée par le projet Open PostCard est donc de numériser ces œuvres et de mener un travail de comparaison entre le passé et le présent. À titre d’exemple, on peut se référer au projet publié par Rue 89 permettant une navigation temporelle dans les images. Il s’agit d’utiliser un logiciel open source permettant de faire la correspondance entre deux images par l’identification de points de manière à les superposer. Par ailleurs, l’enjeu du projet est de promouvoir les savoirs libres, en utilisant des contenus ouverts. Ainsi, les images retravaillées sont republiées sur Wikimedia Commons, au bénéfice de la communauté Wikipedia qui pourra les réutiliser, et par ce biais, faire de l’open data, c’est-à-dire aboutir à une base de données (par exemple une carte) avec des métadonnées qui expliquent la démarche. Le processus deviendrait donc réplicable.

Open Postcard est un concept qui incarne véritablement les intentions de l’Open Knowledge Foundation France, c’est-à-dire développer des outils et fédérer des communautés. Cet outil propose un tutoriel en ligne où, étape par étape, chacun peut donner des conseils, poser des questions, développer des logiques d’entraide, et ainsi arriver jusqu’à l’étape finale en y étant accompagné.

En soi, c’est extrêmement compliqué à réaliser. L’enjeu est donc de rendre accessible cette démarche.
Si avec le projet Open PostCard, l’Open Knowledge Foundation France souhaite s’adresser à un public le plus large possible, l’intention est par ailleurs de fédérer une communauté en créant un groupe de travail autour de ces œuvres du domaine public, et d’organiser une cartopostale partie, à l’image des cartoparties d’OpenStreetMap. Une cartopostale partie consiste à réaliser des photographies d’un site, créer une visualisation puis republier les photos.

Open Postcard est une sorte de cheval de Troie de l’open data. En effet, le projet permettrait d’obtenir des visualisations de sites géographiques qui pourraient être proposées aux communes pour alimenter leur site web.

Ces publications serait alors une forme de promotion des outils open source. 

 

Tada

Le projet Tada a pour objet de faire rentrer l’open data dans l’éducation. S’adressant à de jeunes publics constitués d’enfants ou d’adolescents, l’enjeu est de donner à voir la richesse des possibles de l’open data.

En collaboration avec Etalab, le premier objectif du projet a été de redesigner un portail idéal dédié à l’open data, en mobilisant des designers et des utilisateurs de manière à pousser au plus loin leurs idées. Etalab pourrait s’en inspirer.

L’intention était de ne pas adresser uniquement les données ouvertes à développeurs geeks, mais aussi à des collégiens.
Histoire, géographie, science de la vie et de la terre, culture, littérature, etc. Il existe des données sur à peu près tous les domaines de l’Éducation National. Pour adapter l’open data aux collégiens, il suffit de faire un travail de curation, en organisant les données par matières, par exemple.

Un exemple concret d’utilisation pourrait s’incarner au travers l’usage des résultats des élections au service des cours d’éducation civique.
Réutiliser les données des élections et les mettre sur une carte permet aux jeunes d’appréhender l’apprentissage des limites administratives, des cantons, des départements, des régions. C’est leur offrir la possibilité de découvrir de multiples aspects de la société. Les données sont toujours produites par des humains et avec une certaine finalité. Le projet Tada consiste donc à donner les moyens aux collégiens et aux lycéens de porter un regard sur la société à travers l’éditorialisation de données.

Il y a aussi une dimension d’empowerment. Plutôt que de fournir aux étudiants des manuels avec des cartes déjà faites, et qui leur imposent une certaine vision du monde, l’enjeu est de leur apprendre à se forger leur propre vision du monde, et de leur permettre d’être en mesure de proposer des visions du monde alternative. Quand on joue avec une carte, quand on emploie un logiciel de cartographie qui permet de visualiser les données, on peut proposer des interprétations très différentes des résultats d’une élection par exemple.

Je trouve cet outil vraiment intéressant dans une époque où l’on affirme que nos enfants vivront dans un déluge de données, où l’on s’alarme d’une situation d’aliénation de nos enfants par rapport aux données personnelles. Je suis très critique face à toutes ces proclamations insensées sur la génération Y, sur l’apprentissage du code. La situation me parait au final un peu plus compliqué que ces généralités que l’on nous répète.

Actuellement, tout le discours public, comme le discours des entreprises, est basé sur des chiffres. Il y aurait deux réponses à cela.
La première serait de dire que les chiffres ne sont pas fiables, qu’ils sont une représentation biaisée de la réalité. Ce constat n’est pas faut mais cela ne nous fait pas avancer.
Et il y a une autre approche qui prône l’éducation à la donnée.

Donnons aux citoyens et particulièrement aux jeunes une culture de la donnée.

Apprenons leur à comprendre, manipuler, réutiliser ces données, puisque les jeunes y seront de toute manière confrontés. Le plus tôt possible, essayons de leur donner ces compétences.

Savoir se servir d’un tableur, c’est aussi important que de savoir se servir d’un traitement de texte. Tous, nous nous retrouvons un jour face à Excel.
Essayons de faire en sorte que tout cela soit un peu ludique.

Biens communs.

Un bien commun est un bien soumis à une gestion collective. C’est à mon avis un des aspects les plus importants.

Cette gestion à plusieurs n’induit pas forcément l’absence d’une organisation, d’une structure ou d’une hiérarchie, mais implique une implication collective, c’est-à-dire l’idée que chacun a un droit de participer à la prise de décisions.

Ce bien est géré de manière collective, même s’il peut y avoir un président ou un directeur. Si c’est le cas, cette hiérarchie doit rendre des comptes, et doit également inclure un maximum de personnes dans toutes les décisions et le fonctionnement de l’objet qu’elle anime. La gestion collective est donc, à mon avis, un aspect très important. En cela, j’associe beaucoup ce fonctionnement avec celui des coopératives.
Une autre dimension importante me semble se situer en la vigilance à ce qu’il n’y ait pas de discriminations pour les personnes qui utilisent ce bien commun.
N’importe qui peut entrer dans la communauté du moment qu’il respecte cette logique, qu’il contribue et qu’il participe au maintien de ce bien commun.

 

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