Biens communs.
Définitions.

Thomas Landrain.

Si je devais parler du bien le plus commun qui puisse exister à mes yeux, pour les humains entre autres, ce serait la biologie, ce serait la vie. Tout simplement parce que l’on peut très facilement s’y relier, puisque l’on en fait partie.

Nous sommes inscrits, en-soi, dans un système complexe que l’on ne maîtrise pas, mais dont on tire tous parti. Et je pense que notre appartenance à cet écosystème fait du vivant un bien commun.

On considère la nature comme étant un objet gratuit, dans lequel tout le monde peut puiser. Une législation entoure bien-sûr l’utilisation de cette ressource, mais il ne faut pas oublier que pendant très longtemps, il suffisait de s’installer quelque part, de demander un lot de terre pour que l’on puisse l’exploiter. Donc, en-soi, la nature est un bien commun. Et je pense que l’on peut étendre cette dimension à la vie en générale.

 

Frédéric Sultan.

Il y a une définition que j’aime bien actuellement, c’est l’idée que les biens communs sont un laboratoire de gouvernance.

L’auteur qui m’a inspiré cette phrase c’est Philippe Aigrain. J’ai entendu cette phrase lors d’une rencontre informelle il y a quelques semaines. Je trouve que cette idée là résume beaucoup de choses.

Cela implique que c’est d’abord un processus, que c’est quelque chose de vivant et que cela nécessite des expérimentations. C’est une définition qui me parait très ouverte.

Je pense également qu’il est important de préciser que cette définition est datée. À travers Remix the Commons, une des premières choses que l’on a fait c’est de collectionner des définitions sur les biens communs. Interroger les gens, en leur demandant de résumer en quelques phrases ce que sont les biens communs.
Je me suis plié moi-même à cette question en 2010, et j’avais à l’époque surtout insisté sur le fait que l’on ne pouvait pas donner une seule définition des biens communs, mais ce qui était intéressant était d’en donner plusieurs, et surtout de regarder comment elles étaient situées culturellement, historiquement, économiquement, socialement. La définition que peut donner le membre d’une coopérative à Paris ne sera pas la même que celle que va donner quelqu’un en Amazonie ou quelqu’un dans un village au sud marocain en parlant de l’eau. Il y a une forte incidence du lieu d’où l’on vient et de qui l’on est, et qu’il est très intéressant de conserver cette incidence là et cette richesse. Ce corpus de définitions, à côté des définitions académiques, me parait être un socle intéressant.

 

Valérie Peugeot.

Une des particularités du mouvement des biens communs est que l’on ne se situe pas dans un dogme. Il n’existe pas une vision unique de ce que sont les biens communs. D’une part, tout est en train de se construire. D’autre part, comme le souligne Elinor Ostrom, Prix Nobel d’économie en 2009, il n’existe pas un modèle de communs, car ceux-ci se réinventent à chaque fois en fonction du contexte local, de ceux qui les portent, de la ressource à gérer, etc… Ce processus demande beaucoup plus d’efforts que d’appliquer un modèle tout fait.

Le processus permanent de réinvention des communs est infiniment satisfaisant parce qu’il laisse l’espace à la diversité dans l’action, à la diversité des acteurs, et surtout, il évite de tendre vers des formes idéologiques totalisantes et donc excluantes.

 

Samuel Goëta.

Un bien commun est un bien soumis à une gestion collective. C’est à mon avis un des aspects les plus importants.

Cette gestion à plusieurs n’induit pas forcément l’absence d’une organisation, d’une structure ou d’une hiérarchie, mais implique une implication collective, c’est-à-dire l’idée que chacun a un droit de participer à la prise de décisions.

Ce bien est géré de manière collective, même s’il peut y avoir un président ou un directeur. Si c’est le cas, cette hiérarchie doit rendre des comptes, et doit également inclure un maximum de personnes dans toutes les décisions et le fonctionnement de l’objet qu’elle anime. La gestion collective est donc, à mon avis, un aspect très important. En cela, j’associe beaucoup ce fonctionnement avec celui des coopératives.
Une autre dimension importante me semble se situer en la vigilance à ce qu’il n’y ait pas de discriminations pour les personnes qui utilisent ce bien commun.
N’importe qui peut entrer dans la communauté du moment qu’il respecte cette logique, qu’il contribue et qu’il participe au maintien de ce bien commun.

 

Félix Treguer.

Le bien commun, de mon point de vue, s’inscrit dans un triptyque État, marché et société. Le bien commun est un ensemble de ressources dont la gouvernance est entre les mains de la société civile, et donc pas de l’État et pas du marché, même si ces derniers peuvent y contribuer.

 

Louise Merzeau.

La notion de biens communs informationnels pose la question des ressources et des modalités de partage de ces ressources. Notamment parce que les ressources numériques posent un problème particulier, dans la mesure où celles-ci sont constitutivement partageables, de par leur reproductibilité et leur viralité.
La notion de biens communs induit également la notion de communauté, cette dernière manifestant une certaine intention et volonté de partager ces ressources.
Il s’agit donc d’interroger le lien entre ressources et communauté, en tant qu’elles servent pour une communauté à définir un cadre d’échange, de partage et finalement, à terme, à se définir elle-même.

Ce qui fait de la question des « biens communs » une question politique, et soulève des enjeux de gouvernance.

 

Lionel Maurel.

« Pour moi, l’angle le plus simple par lequel j’appréhende les biens communs, c’est à travers les questions de propriété. On est dans une optique de biens communs à partir du moment où l’on est un groupe.

La notion de biens communs est pour moi éminemment liée à la dimension collective, à l’action collective, à des communautés concrètes qui se rassemblent autour d’un intérêt ou de pratiques qu’elles ont en commun.

Et l’on est dans une approche des biens communs à partir du moment où l’on est dans une forme de partage de la propriété plutôt que dans une forme d’appropriation exclusive, c’est-à-dire quand on met en partage quelque chose, que cela puisse être une encyclopédie collaborative, des œuvres de l’esprit, ou des lieux, ou des projets ou des formes sur lesquelles on pourrait avoir une propriété. Quand on les met en partage, on rentre dans la logique des biens communs.

Et pour qu’il y ait biens communs, normalement, dans la définition – et c’est un point sur lequel Elinor Ostrom insiste beaucoup et je pense que c’est très important – il faut qu’il y ait une gouvernance, c’est-à-dire des règles qui soient définies pour gérer cette ressource et faire en sorte de la protéger.

D’une part, la protéger contre l’extérieur, c’est-à-dire des personnes qui voudraient se la ré-approprier de manière exclusive – il y a donc là un aspect défensif dans les biens communs. Et d’autre part, les communautés des biens communs essaient aussi de se protéger d’elles-mêmes en quelque sorte, c’est-à-dire de se donner des règles de décision et d’action qui garantissent toujours l’ouverture et qui garantissent qu’il n’y ait pas réapparition d’un schéma hiérarchique.
Je pense que l’on retrouve toujours ces éléments-là, avec des dosages différents, dans toutes les choses que l’on estampille biens communs. »

 

Bastien Guerry.

Je reprends à mon compte la définition de l’Open Knowledge Foundation, pour ce que j’en ai compris :

Les biens communs sont des biens, soit du Domaine Public, soit libres, qui sont gérés par une communauté.

 

Adrienne Alix.

Pour moi, il y a différentes échelles dans les biens communs.
Il y a les biens communs dont on a décidé qu’ils seraient communs, c’est-à-dire les contenus, les objets, et tout ce qui est, de manière délibérée, placé sous un régime juridique qui permette de le rendre commun. En l’occurrence et plus globalement, le régime des licences libres. Je donnerais pour exemple des projets comme Wikipédia, Gutenberg, ou des projets d’Open Data.
Et, de manière plus englobante, il y a ce que je considère comme « devant » faire partie des communs, de par une position philosophique, politique, etc…
Dans ces communs, pour moi, devrait figurer le patrimoine national. Par exemple, lorsque l’on s’occupe de monuments historiques, on s’occupe des biens communs français, car ce sont des biens qui ont été reconnus comme étant d’importance patrimoniale par l’État. Tous ne sont pas publics, mais cela fait partie d’un bien commun national dont on doit prendre soin.
Ensuite, d’un point de vue plus politique, pour moi, la production humaine et notamment toute sa production artistique et intellectuelle, a vocation à être, au bout d’un moment, dans les communs. Il existe le domaine public, qui est quelque chose de très important pour moi.

Et pour aller au bout des choses, j’ai tendance à considérer que le droit d’auteur est une exception temporaire au domaine public.

C’est-à-dire qu’au lieu de dire que le domaine public advient quand le droit d’auteur tombe, de mon point de vue, une production intellectuelle, artistique ou même industrielle fait partie des biens communs de l’humanité et n’est que temporairement restreinte par des législations sur le droit d’auteur.
Les brevets fonctionnent comme cela. Pourquoi le droit d’auteur ne fonctionnerait-il pas comme les brevets ? Les brevets sont une exception temporaire à la libre circulation des idées et des inventions. Aussi je pense que le droit d’auteur fonctionne selon la même logique.
Il y a différents niveaux dans les communs. Il est important de travailler sur ceux dont on décidé qu’ils sont des biens communs et d’essayer de faire grandir un peu ce champ tout en étant respectueux du désir de propriété des autres.

L’idée n’est pas de tout mettre en commun, mais de convaincre les gens qu’il est important de mettre leur travail en commun.

 

Yann Heurtaux.

Je ne suis pas un spécialiste de la définition. Cependant, je suis très attaché à tout ce qui est lié au libre accès à la connaissance.

J’entends, en employant le terme « connaissance », la somme de savoirs acquis par l’Humanité. Par définition, c’est quelque chose qui doit être disponible pour tout le monde.

Je peux en parler au travers certains événements qui m’ont particulièrement touchés. Ce qui est arrivé à Aaron Swartzpar exemple, m’a beaucoup fait réfléchir.
J’ai toujours été – il y a un terme à la mode en ce moment à propos de cela – un slacktiviste. Je suis capable de « liker » quelque chose sur facebook, de dire « ah c’est cool ce que vous faites », mais arrive un moment où il faut prendre une part active à la chose.
Le libre accès à la connaissance est quelque chose qui doit se défendre, dans un monde où, je le pense, c’est loin d’être acquis dans les faits. On peut même parler de danger en quelque sorte, car il existe de forts groupes d’influence qui n’ont aucun intérêt à ce que la connaissance soit libre et accessible à tous. D’une part parce qu’ils veulent la monétiser – ce qui peut se défendre – mais en l’occurrence je ne crois pas que cela soit une bonne chose en ce qui concerne la connaissance. Ce n’est pas souhaitable pour l’humanité. C’est quelque chose qui risque de nous bloquer plutôt que d’avancer.
Et à côté de cela, je fréquente beaucoup de journalistes, beaucoup de chercheurs, notamment des gens portés sur les Digital Humanities. Parmi mes amis à Lausanne, il y a un historien, Martin Grandjean, qui joue beaucoup avec cela. Sur son blog personnel, Martin demande aux gens s’ils contribuent à Wikipédia. Un jour il m’a dit : « Wikipédia c’est la façon de sortir des vieux tiroirs poussiéreux les fiches des générations précédentes de vieux chercheurs en Histoire, et d’éviter que la génération suivante ne reparte de zéro sur certains sujets, et puisse construire sur une base de connaissance commune, mise en ligne et à disposition ».
Il y a un historien qui a eu une bonne idée à Hong Kong. Il a mis le début de sa réflexion en ligne, pour que son travail puisse être poursuivi, augmenté.

C’est le concept de « remix » and « reuse », très cher au web. On ne repart jamais de zéro. On prend ce qu’a fait l’autre et on l’améliore.

Pour moi c’est un des éléments de définition des biens communs. Quelque chose que l’on a tous à disposition, et on l’améliore.

Frank Adebiaye

Il y a pour moi un bien commun tout à fait essentiel et dont on parle trop peu, à mon sens, c’est le temps. C’est à la fois un bien commun et un mal commun puisque c’est notre condition humaine. Nous sommes des créatures mortelles, enchâssées dans un temps. Un temps indéfini, mais bien limité.

On aura beau faire beaucoup de projets, il est avant tout nécessaire d’inscrire ces projets dans un temps commun, dans un agenda. Ce qu’il faut faire, on le met dans un agenda, et cet agenda s’inscrit dans un temps.
Il faut prendre le temps de faire les choses, de les mettre au programme au sens informatique du terme, c’est-à-dire de poser les choses et de les inscrire dans un horizon temporel commun, et ne pas les repousser. C’est la condition pour faire exister un espace commun, pour être ensemble. Si on est ensemble, alors on peut commencer à faire des choses ensemble. Des choses qui vont concerner beaucoup de monde, et peut-être même tout le monde. De mon point de vue, il ne peut y avoir de biens communs s’il n’y a pas de temps commun.
Ce temps commun, c’est par exemple le temps de fonder une famille. C’est un temps.
En finance, le temps est une notion très importante. Je parlais tout à l’heure de capitalisation, qui consiste à prendre la valeur d’un bien et de la projeter dans le temps. La notion inverse, c’est l’actualisation. C’est-à-dire prendre la valeur futur d’un bien et la ramener aujourd’hui.
Beaucoup de nos contemporains ont tendance à actualiser, c’est-à-dire à beaucoup ramener les choses au jour d’aujourd’hui, à l’instant même, et à ne pas capitaliser, c’est-à-dire construire des choses pour demain.

Le court-termisme, les choses faites à la hâte, les projets décousus, les intentions inachevées, incarnent un mal de notre temps qui fait pièce à toute volonté de biens communs.

Après moi, le déluge. C’est ce qu’il se passe. Par exemple en politique, parce que les hommes politiques sont dans un temps électoral, les municipales, les rapports financiers semestriels voir trimestriels. C’est ce temps là. Nous sommes enchâssés dans cette nasse. Et tant que l’on ne fixe pas les choses dans le temps, tant que l’on ne prend pas date, on ne peut pas dire que l’on va faire des choses communes.

Rendre les choses communes signifie prendre du temps pour les autres.

Si l’on ne prend pas de temps pour les autres, il n’y a pas de bien commun.

Prendre conscience du bien commun, c’est aussi prendre conscience de nos limites. C’est prendre conscience que l’on ne peut pas démultiplier les initiatives et les propriétés privées.
Ce morcellement de nos existences a des impacts énormes.

Il faut savoir prendre conscience que l’on ne peut accorder une telle importance à la volonté d’accaparement de chacun. Certaines choses doivent être mises en commun. Si on connait aujourd’hui une crise du logement, c’est parce que les gens ne vivent plus ensemble. Au lieu d’avoir un F2 il faut deux F1, etc…

Irène Favero

Ce qui a fait que je me suis intéressée à la question des biens communs, c’est la définition qu’en donne Stefano Rodotà. Juriste italien, Stefano Rodotà, qui a par ailleurs manqué de peu de remporter les dernières élections à la présidence en Italie, a été chargé par le Ministère italien de la Justice de mettre en place une commission qui travaille autour de la question des biens communs et de la façon dont ces problématiques peuvent rentrer dans le code civil italien.
Cette définition, qui me parait pertinente et avec laquelle je me trouve en accord, et qui rentre également en résonance avec la démarche du réseau Culture 21, consiste à affirmer que les biens communs sont les biens utiles à l’exercice des droits fondamentaux de la personne.

Tout comme les droits culturels, les biens communs désignent selon moi des leviers pour le respect des droits de l’homme et se posent comme une sorte de prémisse au respect de la dignité humaine.

C’est à cette définition des biens communs que j’adhère principalement.

Anne-Sophie Novel

Je ne suis pas une spécialiste du sujet, mais je rencontre le thème des biens communs de manière récurrente au travers les réflexions relatives à l’écologie, l’écologie politique ou aux questions d’économie collaborative. On touche aux communs lorsque l’on parle de peer-to-peer, d’open source ou encore de libre. J’ai pu échanger avec différents acteurs qui travaillent sur ces sujets.
Je peux formuler une définition personnelle, très écologiste par ailleurs.

Selon moi le bien commun est un bien que l’on doit préserver pour que les générations futures puissent en bénéficier.

Dans le champ de la connaissance, il est évident, avec internet, que les questions liées à la gestion et la gouvernance des données sont amenées à s’accroître.

Interroger la notion de commun, c’est interroger de manière plus globale les écosystèmes, leur fonctionnement et la façon dont on va partager de la connaissance, de l’intelligence et préserver ce qui importe à l’humanité dans son ensemble.

Julien Breitfeld

À mon sens, un bien commun, informationnel ou pas, est censé appartenir à tous le monde, dès lors que l’on a défini que dans une société existe des biens patrimoniaux, qui appartiennent au public et sont non appropriables, et des biens privés avec lesquels on fait un peu ce que l’on veut.

Ma réflexion personnelle porte davantage sur les biens informationnels et interroge en ce sens la notion de biens publics.

Vincent Calame

En parlant de biens communs, je ne suis pas sûr que nous ayons, au sein de la communauté du logiciel libre, une définition commune des choses.
Ce qui est sûr, c’est que très vite. nous avons parlé de communauté. Et c’est un terme qui est parfois galvaudé, car pour certains logiciels libres, la communauté se réduit à quelques personnes.

Je pense que l’un des enjeux de réussite se situe dans la capacité à faire vivre une communauté au sein de laquelle chacun puisse trouver sa place.

J’identifie un risque de domination de ceux qui codent par rapport à ceux qui utilisent. Ceux qui codent ont le pouvoir de changer les lignes, et peuvent imposer des directions dans l’évolution des logiciels. Or un logiciel, à la différence des autres biens communs, est en évolution et mutation permanente. Il n’a d’intérêt que si il est mis à jour. C’est pourquoi je pense, au fond, que la question de la gouvernance et de la prise de décision au sein des communautés du logiciel libre est un enjeu central.

Au sein des communautés du libre, il y a des séparations, que l’on désigne par fork. Certaines sont amicales, mais d’autres peuvent détruire la communauté, parce qu’en se séparant, ces communautés perdent de l’énergie. À titre d’exemple, on observe en ce moment des cas, dans les communauté des gros logiciels, où les utilisateurs ne sont pas contents des évolutions qui sont donnés par les codeurs.

C’est pourquoi je pense que les communautés qui réfléchissent sur les communs ont a apprendre de l’écosystème du logiciel libre qui a une dizaine d’années d’expérience. Et inversement, il y aurait sans doute des réflexions des biens communs à apporter au logiciel libre en ce qui concerne les questions de gouvernance. Comment gère-t-on des communautés aux profils disparates ? Comment s’organise-t-on pour que le pouvoir ne reste pas uniquement aux mains des sachants ? Ces questions restent ouvertes.

Primavera De Filippi

Un bien commun est quelque chose que plusieurs propriétaires ont en commun. La propriété est partagée entre ces personnes.
De manière générale, la problématique des biens communs est que, lorsqu’une ressource est partagée en commun, il faut théoriquement des règles pour s’assurer que cette ressource ne soit pas, soit abusée, soit épuisée.
Cela change dans le monde numérique puisque la notion de rivalité n’existe plus. En consultant une œuvre numérique, je n’empêche personne de l’utiliser, je ne l’abîme pas, il n’y a plus les risques que l’on désigne par la »Tragédie des communs ».
Avec le numérique, on transpose donc la question à d’autres problématiques : Comment protéger les communs, comment empêcher l’exploitation injuste, l’abus, comment les préserver, les promouvoir et en créer davantage.

Enfin, si je pouvais donner une définition plus personnelle, je dirais qu’un bien commun est simplement quelque chose qui appartient à tous, sans compter nécessairement le régime juridique.
Par exemple pour une œuvre, cela ne signifie pas que celle-ci appartienne à tout le monde, cela signifie que chacun a le droit de l’exploiter.

Une œuvre en bien commun n’est pas une œuvre qui appartient à tous, c’est une œuvre que tout le monde peut librement utiliser, réutiliser, etc… sous certaines conditions, relativement à la licence.

Pierre Carl Langlais

La notion de biens communs porte l’idée de s’inscrire en faux contre un sentiment d’appropriation généralisé par le régime de la marchandise. La démarche des communs consiste à mettre à disposition des biens librement accessibles, financés par la communauté ou autofinancés, selon une logique de libre approvisionnement.

Silvère Mercier

Dans la manière dont nous envisageons la notion de biens communs, nous avons pour intention de dépasser la dimension d’accès à l’information pour investir la question son appropriation et de son appropriabilité.

Sylvie Dalbin

Dès lors que l’on décide de travailler avec une communauté, cela implique un temps consacré à la relation entre les gens. Ce temps ne peux pas être que du productivisme de travail. Ce temps d’attente, qu’il soit électronique ou physique, est un temps d’appropriation nécessaire.

Anna Lochard

Étienne Hayem